Envoyé : 11 juillet 2006
Objet : Ah, les pieds!
Hola amigos y amigas,
Tout d'abord, merci pour tous vos bons messages. Ils vont m'aider à continuer. Je vais très bien... sauf les pieds. Je fais une collection d'ampoules… même Costco n’en a pas autant et serait jaloux. Mes fins de journée sont dures. Je n’ai pas mal aux muscles mais bientôt c’est la fatigue qui s’empare de mon corps et aussi de mon esprit, sans oublier mes pieds.
Le matin quand je me lève tout va bien, mais je ressens quand même une petite angoisse en regardant mes bottes. Car les /&$·%()%&$/ des 4 derniers kilomètres je souffre comme jamais.
J’ai l’impression de me sentir comme Hulk quand il se transforme et que le cuir des chaussures éclate pour laisser toute la place à ses gros pieds verts. (Soyez rassurés, je ne deviens pas verte) Soit que mes bottes rapetissent, soit que mes pieds deviennent énormes… Je ne sais pas comment j’endure cette souffrance, est-ce que le chemin nous donne une force ? Sûrement!
Quand j’arrive enfin à une auberge, j’enlève mes bottes et je mets mes sandales mais cela n’est pas aussi confortable que vous pouvez l’imaginer… car les lanières de mes sandales frottent sur les ampoules et je ressens une autre sorte de douleur qui, elle non plus, n’est pas agréable. Je suis prise dans un cercle vicieux.
Le moral est bon car je ne vis pas une journée pareille, je rencontre plein de gens. Les paysages sont merveilleux, des champs de vignes à perte de vue. Amateurs de vin espagnol ne vous inquiétez pas car il y avait plein de raisins dans les vignobles qui feront une bonne récolte et surtout de bonnes bouteilles.
Après les vignobles, je suis passée par des champs de blé... c'était à couper le souffle. Tout était jaune-beige… et quand le vent se met à jouer avec le blé, cela donne une douce musique à mes oreilles. Je n’aurais jamais imaginé m’extasier à entendre ce son.
J’aime beaucoup ces chemins qui montent, qui tournent à droite et des fois à gauche, qui redescendent et surtout le fait que je ne vois pas bien loin devant moi, cela me laisse une surprise à chaque tournant. Bref, j'ai déjà fait 5 jours de marche et je totalise 120 kilomètres. Mine de rien, j’avance!
Chaque journée a sa part de surprise. Je m’explique : chaque jour je m’arrête dans une nouvelle ville, avec une nouvelle auberge, une nouvelle chambre, un nouveau lit, une nouvelle douche et un nouvel endroit pour laver le linge. Est-ce que j’aurai le lit d’en bas (ce qui est plus pratique pour faire son sac et partir le matin tôt) ? Est-ce qu’il y aura de l’eau chaude pour la douche ? Bref, des petites questions bien simples qui prennent une place importante sur le chemin.
Toutes les auberges où j’ai dormi à date sont très belles. Peut-être à part Nájera car nous étions 92 dans le même dortoir qui était rectangulaire avec des lits superposés. Mais les autres sont très belles. À Santo Domingo de la Calzada, j’ai dormi dans un vieux monastère, un édifice du 18e siècle. Es una edificación del S. XVIII contigua a la iglesia de la Abadía, situada en el propio Camino de Santiago, hoy calle Mayor.
Ensuite, à Belorado, mon lit était situé dans une chambre aménagée dans un grenier avec de beaux couvre-lits et des poutres au plafond qui lui donnaient tout son charme. Voici l’adresse de l’auberge :
Le matin, le petit-déjeuner était gratuit et abondant. Il y avait une affiche sur une grosse cruche en verre située au-dessus de la table (dont j’ai adoré le sens) qui nous disait que le don laissé par nous ce matin, était pour permettre l’achat du petit déjeuner du lendemain.
Et maintenant, c’est au tour de la montagne de prendre place sous mes yeux. Comme elle monte et monte... mais c’est mes jambes qui me le disent. Il fait très chaud et je dois m’arrêter souvent… la marche est longue.
J’arrive enfin et tous les gens rencontrés sur le chemin sont autour d’une fontaine et quand Allison me voit elle m’applaudit car elle me dit après que si je n’étais pas arrivée avec ce groupe elle serait venue me chercher car elle s’inquiétait. Je lui ai demandé combien de kilomètres il restait à faire aujourd’hui, elle est partie à rire en me disant que j’étais arrivée à la fin de la journée. YOUPI! J’étais tellement contente et épuisée. J’ai fait valser mes bottes pour mettre mes pieds dans la fontaine, quel bonheur ! Son mari (Barry) a pris ma credencial pour me réserver un lit et me permettre de vivre jusqu’au bout mon bonheur d’avoir les pieds dans l’eau. J’étais arrivée à la ville de San Juan de Ortega. Petite, petite ville avec seulement 24 habitants et une seule rue. Voir photo en dessous.
Je sais que certains me suivent sur une carte, je vous annonce que je suis à Burgos. J'ai visité la cathédrale cet après-midi, quelle visite! Elle est très grande et magnifique. Mais malheureusement, c’est la douleur des pieds qui sera associée à ce monument. Je crois avoir atteint mon seuil dans la douleur…
Pedro m’aide à me rendre à l’auberge car je n’en peux plus. J’ai ressenti une douleur à la hanche… ah non, qu’est-ce que j’ai ? Après un arrêt sur un banc et quelques étirements, je pars avec seulement mes pieds qui hurlent. Je prends une journée de congé demain car mes pieds ont décidé à ma place.
Ce qui est intéressant dans cette aventure, c’est que d’une ville à l’autre le hasard fait que nous développons un sentiment d’amitié avec plein de gens. On devient un groupe sans en être un. On parle à certains, on en salue d’autres. Dès que nous sommes sur le chemin, on se salue en ajoutant toujours buon camino et on s’encourage, que ça soit en plein chemin, dans un restaurant, dans une halte, rendu à l’auberge, bref c’est très chaleureux.
Si tu t’arrêtes sur le chemin, tout le monde s’arrête et il s’assure que tu vas bien et te propose ce qu’il a dans son sac à dos qui pourrait t’être utile. Malheureusement, avec mon arrêt de demain je perds tout mon monde et je me relance dans la nouveauté. Je suis bien triste, mais mes pieds ne veulent plus rien savoir de moi ou plutôt de marcher.
Messages en rafales:
Roxane tu aimerais tellement les paysages, je les regarde deux fois... une fois pour moi et une autre pour toi.
Sylvie et Daniel, bon voyage! Que la Tour Eiffel vous charme, ainsi que la Normandie.
Vive les Italiens! Grand champion de la coupe de soccer. J'ai vu la première demie avec eux. Belle ambiance!
Misko, hier j'ai vu un gars qui te ressemblait tellement que j'ai regardé à deux fois car j'étais sûr que c'était toi. Si tu dois porter des lunettes, ne t'inquiète pas car elles te feront très bien.
André, merci pour tes conseils je m'étire plusieurs fois par jour et mes jambes vont très bien. Je viens de marcher ta journée et elle était assez difficile.
Moez, est-ce bon de manger du sel? Je prends des noix non salées mais autour de moi tout le monde mange avec du sel.
Luc, je comprends très bien pourquoi tu as aimé ton voyage.
Martine, j'ai bien eu ton message, merci!
Pauvre Daniel, qui passe l'été au Québec, je vais m'ennuyer de lire tes histoires de voyage... à moins que tu m'écrives ta vie à Montréal.
Nancy, mon espagnol va pas pire mais il y plus d'anglais sur la route.
Jacques D. merci pour la journée en vélo... ah! c'est pour ça que j'ai marché aussi vite... j'étais à vélo.
Pour m'encourager, chaque jour je choisis un ou une ami(e) pour faire la route avec moi. C'est moins long et ennuyant, j’ai l’air un peu folle car je parle avec elle et surtout je me rappelle de bons souvenirs. Donc, si vous ressentez des douleurs dans les jambes en vous levant le matin, c'est que vous avez marché avec moi toute la nuit.
Voilà, comme nous sommes plusieurs à vouloir l'ordinateur, je passe le clavier et je vous embrasse bien fort.
p.s.: J'ai presque oublié, le plus dur, c'est que depuis 5 jours je parle uniquement en anglais car tout le monde ici parle anglais... sinon, quelques mots d'espagnol. Le pire dans tout ça, c’est que les gens me comprennent très bien. Surpris, Éric!
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