Le bonheur arrive...
Pour en ajouter, j'ai le pied gauche qui me fait toujours souffrir. J'ai eu trois nouvelles ampoules. Le 16 juillet, j'ai marché une courte distance de 13 kilomètres et j'ai dû m'arrêter 3 fois (1/2 heure chaque fois) pour refaire les pansements et trouver une astuce pour diminuer la douleur.
Quand je suis arrivée dans la ville de Villalcàzar de Sirga, j'étais découragée à cause de mes pieds. Je me suis assise sur le premier banc et je n’ai rien fait pendant 1 heure. J’espérais rencontrer du nouveau monde et surtout qui parlait le français. J’étais vidée, épuisée!
Et quelques minutes après, j'ai fait la connaissance de 2 supermamies de Paris. L'hospitalero (Benoît, un Belge) était très sympathique et il nous a ouvert le refuge à 12h00 (au lieu de 14h00) pour déposer nos sacs. Nous sommes allées faire des courses et avons partagé une grosse omelette tous ensemble et ce fut très charmant et le moral est revenu. Paris, enfin des Françaises!
Donc, j’ai suivi les conseils des infirmiers et j’ai passé toute la journée les pieds à l'air. Nous avons eu une belle discussion avec Nicole, Françoise et Benoît. J’ai réalisé en discutant à quel point les livres me manquaient. Quand Benoît a entendu ça, il m’a tout de suite proposé son livre (Passants de Compostelle, de Jean-Claude Bourlès) et je suis sortie lire sur un banc à l’ombre. Je crois que ce moment dans mon chemin fut avec la rencontre des supermamies un point tournant de mon voyage. Le sourire était de retour sur mes lèvres.
Voici la description d’une journée type:
Je me lève à 5h30 du matin, je m'habille dans le noir, je ramasse mes affaires et je vais à la cuisine. Je déjeuner léger et je marche environ 6 à 7 heures (tout ça pendant que vous dormez, bande de chanceux!). J'arrive au refuge entre 11h00 et 14h00, cela dépend du nombre de kilomètres, je me dirige à la douche, je lave mon linge et je me couche un peu (sans dormir, car je n’y arrive pas). Ensuite, je sors visiter (à pied) la ville ou le village et je suis au lit à 20h30. Je prépare mon linge (au bout du lit), je prépare mon sac à dos, je crème mes pieds et pour finir je mets mes bouchons qui sont devenus mes meilleurs amis. Si vous calculez le décalage horaire, vous pouvez me suivre facilement.
J’ai commencé la distribution de mes crayons. À l’occasion de la fête de la Saint-Jean, dans les magasins à 1$, on vend des boîtes de crayons avec le drapeau du Québec. J’ai fait à l’ordinateur des étiquettes de mon adresse Internet que j’ai collées au bout des crayons, près de l’efface et je les ai donnés aux gens comme souvenir de moi et du Québec. Tout le monde a aimé l’idée.
Françoise a déjà fait le camino. Elle a décidé de le refaire pour accompagner Nicole. Elles se connaissent depuis l’âge de 17 ans. Bref, elles me donnent de bons conseils. Donc, aujourd’hui (17 juillet), elles me conseillent de faire une petite journée. Je me lève tard, nous sommes les dernières à partir car on veut rester un peu avec Benoît. On mange ensemble et en route pour seulement 6 kilomètres. Mais 6 kilomètres m’ont suivis. Nous repérons un couvent (Convento de Santa Clara) et décidons de dormir là. Françoise avait dormi là lors de son dernier passage et par hasard on nous redonne la même chambre et elle dort dans le même lit. Nous sommes à Carrión de los Condes.
Tout dans ce couvent est petit. Les portes, les couloirs, les salles de bain, les lits. Je fais la rencontre de Frank, un Allemand, qui mesure 6 pieds 4 pouces. On peut dire que dans ce couvent il ressemble à un géant.
Pourquoi les supermamies : Elles parlent français, elles ont un cellulaire et elles envoient des messages textes, elles ont un MP3, elles ont une caméra numérique et font des CD avec leurs photos, bref, elles sont bien équipées les mamies.
Aujourd'hui aussi mes pieds sont à l'air. J'ai trouvé un magasin de sports et j'ai acheté deux nouvelles paires de chaussette car je me pose beaucoup de questions au sujet de toutes ces ampoules. (Quel est le problème: bottes, chaussettes, mes pieds ?)
Demain, je fais une plus grande randonnée de 17 kilomètres (lever à 4h30) et la différence c'est qu'on ne trouve aucune ville ou village sur le chemin. Un bon test pour mes pieds et mes nouvelles chaussettes. Je reste encore avec mes deux supermamies. On se fait de la bonne bouffe et on rit beaucoup ensemble.
Observations:
Je crois que plus personne ne sait à quoi sert une poignée de porte et comment s’en servir d'une poignée de porte, sinon, il n'y aurait pas autant de portes qui claquent.
J'ai vu un camp de nudiste : Un matin quand j'ai rempli ma gourde à une fontaine, j'ai vu plein d'escargots sans leur coquille. Est-ce qu'ils sont tout nus? Je ne savais pas qu'ils pouvaient enlever leur maison de leur dos. Je ressemble vraiment à un escargot avec mon sac à dos. Merci à ceux qui m’ont répondu que c’était des limaces.
Messages en rafales:
Tatie, as-tu vu à quelle hauteur est la croix de fer ? Plus de 1 500 mètres d'altitude (voir le camino en relief, à droite)
Moez, les bouchons orange sont vraiment les meilleurs...
Maman, c'est toi qui m'a accompagné dans ma plus dure journée... c'est le cas de le dire je m'ennuyais de ma mère...
18 juillet:
Et bien, je vais bien. Les pieds et les chaussettes ont passé le test. Après 17 kilomètres, mes pieds n'ont pas eu de douleur comme les autres jours. Je crois que le grand air leur a fait du bien. Je suis présentement à Calzadilla de la Cueza. Je viens de m'arrêter dans une nouvelle auberge avec une piscine. Je ferai le poisson toute la journée. Je vais lire et prendre la vie du bon côté.
Je continue le chemin... mais lentement. On me déconseille de m'arrêter une journée complète. Bref, avec la piscine, tout rentrera dans l'ordre. Les supermamies sont toujours avec moi.
Merci aux amis de Châteauguay d'avoir partagé le chemin avec moi. Comme vous êtes inséparables, nous avons fait le chemin à 4. C'était même bien.
Je vous embrasse... je crois que demain tout sera de nouveau (enfin) en ordre, mes pieds, ma tête et les chaussettes.
p.s.: Je serai de retour sur Internet ce soir... car il faut faire un don et bien je vais en profiter.
Envoyé : 20 juillet 2006
Objet : Enfin, le bonheur!
Bonjour à tous,
Enfin, je vais bien! J'ai dû aller voir un médecin hier, car depuis quelques jours j'avais une douleur dans la cambrure du pied et hier j'ai été au maximum de moi. Mon pied ne supportait plus mon corps et j'étais à bout. Quand je suis arrivée avec beaucoup de peine à l’auberge, j’ai dû m’asseoir sur le banc avant d’entrer mais quand j’ai voulu repartir, j’en étais incapable. Je me suis rendue en sautillant sur un pied. Quand j’ai vu que les chambres étaient à l’étage, les larmes sont montées avec. Au milieu des marches, les supermamies sont venues me rejoindre pour prendre mon sac et moi en même temps.
J’ai su qu’elles m’avaient couché, fait avaler des aspirines, Françoise m’a enlevé mon sac à la taille et tous les vêtements qui me nuisaient et Nicole m’a frictionné les pieds avec une crème à base de cortisone. Et elles m’ont laissé dormir quelques minutes.
Quand je me suis réveillée, je savais que j’avais touché le bas fond. J’ai vu une gare en entrant dans ce village et je me suis dit que c’était un message du destin et qu’il fallait repartir au Québec. Plus j’y pensais et plus je pleurais… Bref, Françoise m’a convaincu d’aller voir un médecin pour avoir l’heure juste.
La petite visite chez le médecin fut un grand soulagement car le médecin (mignon, sympathique et parlant un peu français) m’a confirmé que j’étais normale. Que ma blessure était due aux ampoules. Que j’avais changé ma façon de marcher et que je voulais marcher normalement mais que mes muscles ne voulaient pas. Je suis sur les anti-inflammatoires pour un bout.
J’avais des craintes au sujet du prix des anti-inflammatoires. Quand le pharmacien m’a demandé 3 euros 40 pour 40 pilules, je suis partie à rire.
Le moral est revenu, le sourire aussi. Avant de nous endormir, nous avons eu un fou rire mémorable avec les deux supermamies… tout ça à cause d’une banane… Hein, les filles!
Bon, je dois laisser le clavier à d'autres mais je vais essayer de revenir ce soir pour vous en dire plus.
p.s.: Merci pour vos messages, Luc merci pour ton proverbe (voir dans les messages reçus en date du 19 juillet), je le garde précieusement avec moi.
Envoyé : 20 juillet 2006, en soirée
Je commence un nouveau salut,
J'ai vécu ma plus belle balade depuis le début (question pied). Ma douleur a beaucoup diminué et j'ai pu marcher normalement. ENFIN!
Mes pieds n'ont plus d'ampoules, j'ai marché sans pansement aujourd'hui. Le chemin est mieux et moins droit. Les paysages commencent à changer et les refuges sont plus sympathiques.
Hier, j'ai pu faire une machine pour laver mon linge... le bonheur! Cela ne prend pas grand chose pour revivre sur le chemin. Quand les pieds ne vont pas bien et bien la tête non plus. Donc, j'ai retrouvé ma tête et mes pieds… Ouf!
Les gens sont très sympathiques et les deux supermamies sont très drôles. Nous avons eu des fous rires hier soir et c'était très rafraîchissant. Nous mangeons toujours ensemble et nous (en fait, plus Nicole) cuisinons de bons petits plats. C'est bien d'être entouré. Une chance qu'elles étaient avec moi hier soir, sinon Martine, tu aurais eu un message de moi pour savoir le prix d'un nouveau billet de retour! Maintenant, je ne veux plus le savoir.
J'ai rencontré quelques Québécois (Jonathan, Édith, Benoît, Étienne) et cela fait du bien de pouvoir parler librement avec notre charmant accent, comme tout le monde me le dit si gentiment.
Nous sommes dans un beau refuge, très accueillant, cela aussi me manquait sur le chemin. J'ai su que beaucoup de monde prenait l'autobus de Burgos à Leòn car le chemin est ennuyant. Je ne suis pas folle et ils ont raison de dire que le chemin est ennuyant, mais de là à prendre l’autobus, on se calme.
Je suis présentement à El Burgo Ranero.... on avance la punaise sur la carte!
Et hier, j'ai trouvé sur une table dans le refuge le livre Une femme indomptable de Penny Vincenzi. C'est un plaisir de lire!
Je vous embrasse et à bientôt!


1 Commentaires:
Bon bien j'attend encore la suite snif snif...même si je te l'ai dit je suis très fière de toi et de ce que tu as accomplie tu est très courageuse.
S.L.
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