06 juillet 2006

Le début d'un long voyage...


Logroño – Saint-Jacques de Compostelle ÉTÉ 2006


Ce projet est venu à la suite de commentaires de gens (Francine, Marie-Anick et Luc) qui ont fait ou qui allaient faire compostelle. En les écoutant raconter leurs histoires, je ressentais une énergie dans tout le corps qui me disait que j’aimerais vraiment faire cette aventure.

Comme je n’avais pas de projet pour l’été 2006, je suis allée directement à l’agence de voyage La Rose des vents sur Mont-Royal m’acheter un billet d’avion, direction l’Espagne.

J’ai commencé à préparer mon voyage en janvier 2006. Entre Internet, les livres et le bouche à oreille, j’avais de quoi me renseigner.

J’avais plein de choix à faire, soit l’achat du sac à dos, des bottes de marche ou des souliers, un ou deux bâtons ou pas du tout, les bouchons pour les oreilles, les chaussettes, les vêtements, la crème solaire, les produits de toilette, etc. Bref, des décisions très importantes car cela change l’allure du voyage.

J’ai rempli mon sac à dos et j’avais l’impression de voyager comme un gars car pas de place dans mon sac pour le maquillage et le démaquillant, pas de bijou, pas de produit pour les cheveux, l’essentiel sans artifice.

Et j’ai décidé de ne pas prendre d’appareil photos, de Ipod ou MP3, de cellulaire, plutôt revenir à la base de la simplicité volontaire.

Je pars à l’aéroport bien excitée à l’idée de ce voyage et sans attente.


Envoyé : Le 6 juillet 2006
Objet : Je suis arrivée!

Bonjour à tous,

Vol Montréal – Zurich : Je viens d'arriver à l'auberge. Le vol fut très beau, sans turbulence et la nourriture excellente. Chacun sa petite télévision devant lui et sa télécommande. J’ai joué tout le vol. Avant la descente, au lieu d'un bonbon nous recevons une petite palette de chocolat suisse. La compagnie a trouvé le bon moyen pour que je parle d'elle en bien.

Zurich – Madrid : Et sur l'autre vol, j'ai eu droit à un petit repas et avant la descente, à un ballon de soccer en chocolat. Vive Swiss!

Cela m’a pris plus de 24 heures de transport, entre les avions, les autobus et pour finir j'ai dû marcher pour trouver l'auberge. À la station d’autobus, j’ai demandé à un employé de me donner le plan et de m’indiquer le chemin. Après plus de 5 kilomètres, je me suis aperçue que je n’allais pas dans la bonne direction. En fait, j’aurais dû lui dire que je voulais aller à l’auberge au lieu du chemin de Compostelle. J’ai dû rebrousser chemin pour enfin trouver un lit. Je crois que je vais dépasser mon nombre de kilomètres prévu.

Je repars en marchant car je dois m’acheter à manger (des noix, des fruits pour demain) car je n'ai rien mangé de la journée, le décalage me dérange l'estomac. Mon lit est dans le grenier, c'est très bien organisé et très chouette. Nous sommes déjà 6 dans la chambre. Trois gars et trois filles, le festival des ronfleurs débute ce soir.

J’ai parlé avec une dame qui a son lit à côté du mien. Parler est un grand mot car elle ne parle ni anglais, ni français. J’ai compris que cela fait 4 jours qu’elle marche avec une amie. Elle doit bien avoir 60 – 65 ans. Je lui demande si cela est possible que demain matin je la suivre. Elle me dit que oui.

Tiens, j’entends les cloches de l'église sonner, c'est vraiment génial... Je vais m'en mettre pleins les yeux et les oreilles !

J'ai bien hâte à demain pour commencer le long chemin....

Je suis bien nerveuse… je rêve, pas une mais bien trois fois à mon départ. Et chaque fois que la dame bouge à côté, je suis sûre que c’est l’heure du lever. Et un moment, la dame se lève prend sa trousse de toilette et elle descend aux toilettes. Je me lève aussi, bien réveillée et surtout excitée. Quand je rentre dans la salle de bain, elle se lave le visage et se brosse les dents. Je lui demande quelle heure il est. Sa montre indique 2h30 du matin. Elle est sûre que sa montre est arrêtée et je vais voir dans la cuisine et il est vraiment 2h30. Je me mets à rire et je retourne au lit plus calme.

Le 7 juillet 2006

Le matin arrive enfin et je me prépare (je ne sais pas comment mais…) et finalement la dame est tellement lente que je pars avant. Je rencontre une Hollandaise (Tini) et je pars avec elle.

Mon baptême du chemin commence et celui d’un stage d’anglais (je vais le découvrir en chemin) aussi.

Nous marchons et on rencontre Peter qui vient d’Allemagne. Nous marchons à trois, toujours en anglais.

J’arrive à la première étape il est vraiment très tôt. Je décide de continuer jusqu’à la prochaine étape. Quand j’y arrive enfin, cela fait 35 kilomètres que je marche. J’ai les muscles des cuisses en feu, Peter m’encourage tout au long des derniers kilomètres.

Je suis très fière de moi car pour toutes les informations que j’ai demandées (en espagnol), j’ai eu droit à de bonnes réponses : ils semblent me comprendre. Soit ils sont charmants ou bien que je parle mieux que je le crois.


Ah, les pieds!

Envoyé : 11 juillet 2006
Objet : Ah, les pieds!
Hola amigos y amigas,
Tout d'abord, merci pour tous vos bons messages. Ils vont m'aider à continuer. Je vais très bien... sauf les pieds. Je fais une collection d'ampoules… même Costco n’en a pas autant et serait jaloux. Mes fins de journée sont dures. Je n’ai pas mal aux muscles mais bientôt c’est la fatigue qui s’empare de mon corps et aussi de mon esprit, sans oublier mes pieds.
Le matin quand je me lève tout va bien, mais je ressens quand même une petite angoisse en regardant mes bottes. Car les /&$·%()%&$/ des 4 derniers kilomètres je souffre comme jamais.
J’ai l’impression de me sentir comme Hulk quand il se transforme et que le cuir des chaussures éclate pour laisser toute la place à ses gros pieds verts. (Soyez rassurés, je ne deviens pas verte) Soit que mes bottes rapetissent, soit que mes pieds deviennent énormes… Je ne sais pas comment j’endure cette souffrance, est-ce que le chemin nous donne une force ? Sûrement!
Quand j’arrive enfin à une auberge, j’enlève mes bottes et je mets mes sandales mais cela n’est pas aussi confortable que vous pouvez l’imaginer… car les lanières de mes sandales frottent sur les ampoules et je ressens une autre sorte de douleur qui, elle non plus, n’est pas agréable. Je suis prise dans un cercle vicieux.

Le moral est bon car je ne vis pas une journée pareille, je rencontre plein de gens. Les paysages sont merveilleux, des champs de vignes à perte de vue. Amateurs de vin espagnol ne vous inquiétez pas car il y avait plein de raisins dans les vignobles qui feront une bonne récolte et surtout de bonnes bouteilles.

Après les vignobles, je suis passée par des champs de blé... c'était à couper le souffle. Tout était jaune-beige… et quand le vent se met à jouer avec le blé, cela donne une douce musique à mes oreilles. Je n’aurais jamais imaginé m’extasier à entendre ce son.
J’aime beaucoup ces chemins qui montent, qui tournent à droite et des fois à gauche, qui redescendent et surtout le fait que je ne vois pas bien loin devant moi, cela me laisse une surprise à chaque tournant. Bref, j'ai déjà fait 5 jours de marche et je totalise 120 kilomètres. Mine de rien, j’avance!
Chaque journée a sa part de surprise. Je m’explique : chaque jour je m’arrête dans une nouvelle ville, avec une nouvelle auberge, une nouvelle chambre, un nouveau lit, une nouvelle douche et un nouvel endroit pour laver le linge. Est-ce que j’aurai le lit d’en bas (ce qui est plus pratique pour faire son sac et partir le matin tôt) ? Est-ce qu’il y aura de l’eau chaude pour la douche ? Bref, des petites questions bien simples qui prennent une place importante sur le chemin.
Toutes les auberges où j’ai dormi à date sont très belles. Peut-être à part Nájera car nous étions 92 dans le même dortoir qui était rectangulaire avec des lits superposés. Mais les autres sont très belles. À Santo Domingo de la Calzada, j’ai dormi dans un vieux monastère, un édifice du 18e siècle. Es una edificación del S. XVIII contigua a la iglesia de la Abadía, situada en el propio Camino de Santiago, hoy calle Mayor.
Ensuite, à Belorado, mon lit était situé dans une chambre aménagée dans un grenier avec de beaux couvre-lits et des poutres au plafond qui lui donnaient tout son charme. Voici l’adresse de l’auberge :

Le matin, le petit-déjeuner était gratuit et abondant. Il y avait une affiche sur une grosse cruche en verre située au-dessus de la table (dont j’ai adoré le sens) qui nous disait que le don laissé par nous ce matin, était pour permettre l’achat du petit déjeuner du lendemain.
Et maintenant, c’est au tour de la montagne de prendre place sous mes yeux. Comme elle monte et monte... mais c’est mes jambes qui me le disent. Il fait très chaud et je dois m’arrêter souvent… la marche est longue.
J’arrive enfin et tous les gens rencontrés sur le chemin sont autour d’une fontaine et quand Allison me voit elle m’applaudit car elle me dit après que si je n’étais pas arrivée avec ce groupe elle serait venue me chercher car elle s’inquiétait. Je lui ai demandé combien de kilomètres il restait à faire aujourd’hui, elle est partie à rire en me disant que j’étais arrivée à la fin de la journée. YOUPI! J’étais tellement contente et épuisée. J’ai fait valser mes bottes pour mettre mes pieds dans la fontaine, quel bonheur ! Son mari (Barry) a pris ma credencial pour me réserver un lit et me permettre de vivre jusqu’au bout mon bonheur d’avoir les pieds dans l’eau. J’étais arrivée à la ville de San Juan de Ortega. Petite, petite ville avec seulement 24 habitants et une seule rue. Voir photo en dessous.



Je sais que certains me suivent sur une carte, je vous annonce que je suis à Burgos. J'ai visité la cathédrale cet après-midi, quelle visite! Elle est très grande et magnifique. Mais malheureusement, c’est la douleur des pieds qui sera associée à ce monument. Je crois avoir atteint mon seuil dans la douleur…

Pedro m’aide à me rendre à l’auberge car je n’en peux plus. J’ai ressenti une douleur à la hanche… ah non, qu’est-ce que j’ai ? Après un arrêt sur un banc et quelques étirements, je pars avec seulement mes pieds qui hurlent. Je prends une journée de congé demain car mes pieds ont décidé à ma place.

Ce qui est intéressant dans cette aventure, c’est que d’une ville à l’autre le hasard fait que nous développons un sentiment d’amitié avec plein de gens. On devient un groupe sans en être un. On parle à certains, on en salue d’autres. Dès que nous sommes sur le chemin, on se salue en ajoutant toujours buon camino et on s’encourage, que ça soit en plein chemin, dans un restaurant, dans une halte, rendu à l’auberge, bref c’est très chaleureux.

Si tu t’arrêtes sur le chemin, tout le monde s’arrête et il s’assure que tu vas bien et te propose ce qu’il a dans son sac à dos qui pourrait t’être utile. Malheureusement, avec mon arrêt de demain je perds tout mon monde et je me relance dans la nouveauté. Je suis bien triste, mais mes pieds ne veulent plus rien savoir de moi ou plutôt de marcher.

Messages en rafales:

Roxane tu aimerais tellement les paysages, je les regarde deux fois... une fois pour moi et une autre pour toi.

Sylvie et Daniel, bon voyage! Que la Tour Eiffel vous charme, ainsi que la Normandie.

Vive les Italiens! Grand champion de la coupe de soccer. J'ai vu la première demie avec eux. Belle ambiance!

Misko, hier j'ai vu un gars qui te ressemblait tellement que j'ai regardé à deux fois car j'étais sûr que c'était toi. Si tu dois porter des lunettes, ne t'inquiète pas car elles te feront très bien.

André, merci pour tes conseils je m'étire plusieurs fois par jour et mes jambes vont très bien. Je viens de marcher ta journée et elle était assez difficile.

Moez, est-ce bon de manger du sel? Je prends des noix non salées mais autour de moi tout le monde mange avec du sel.

Luc, je comprends très bien pourquoi tu as aimé ton voyage.

Martine, j'ai bien eu ton message, merci!

Pauvre Daniel, qui passe l'été au Québec, je vais m'ennuyer de lire tes histoires de voyage... à moins que tu m'écrives ta vie à Montréal.

Nancy, mon espagnol va pas pire mais il y plus d'anglais sur la route.

Jacques D. merci pour la journée en vélo... ah! c'est pour ça que j'ai marché aussi vite... j'étais à vélo.

Pour m'encourager, chaque jour je choisis un ou une ami(e) pour faire la route avec moi. C'est moins long et ennuyant, j’ai l’air un peu folle car je parle avec elle et surtout je me rappelle de bons souvenirs. Donc, si vous ressentez des douleurs dans les jambes en vous levant le matin, c'est que vous avez marché avec moi toute la nuit.

Voilà, comme nous sommes plusieurs à vouloir l'ordinateur, je passe le clavier et je vous embrasse bien fort.

p.s.: J'ai presque oublié, le plus dur, c'est que depuis 5 jours je parle uniquement en anglais car tout le monde ici parle anglais... sinon, quelques mots d'espagnol. Le pire dans tout ça, c’est que les gens me comprennent très bien. Surpris, Éric!

Faire confiance à la vie

Envoyé : 12 juillet 2006
Objet : Coucou!

Bonjour,

Après vous avoir écrit le 11 juillet en après-midi, je suis partie en ville chercher des compeeds (pansements). Quand je suis revenue à l'auberge, il y avait un camion de la municipalité avec trois infirmiers venus exprès pour soigner les pieds des peregrinos.

Je dis toujours qu'il faut faire confiance à la vie. Elle vient me donner encore raison!

Après une demi-heure de soins, j'avais les pieds bien équipés de rubans. Quand j’ai demandé à l’infirmier si je pouvais avoir un billet pour me permettre de rester une nuit de plus à l’auberge, il m’a dit que je pouvais marcher sans problème. Donc, j'ai décidé de continuer à marcher. Je venais de rencontrer Hélène, une Suisse allemande, qui enfin parlait le français et Pedro, l'Espagnol, qui est avec moi depuis une journée. Et surtout, je suis contente de rester avec le groupe.

On m'a dit que le chemin se faisait en 3 étapes:

la première c'est pour le corps,
la deuxième pour l'esprit,
la troisième pour la spiritualité.

Luc, est-ce aussi ce qu'on raconte sur le chemin en France? J'ai bien hâte d'arriver à la deuxième étape !

Quand je me faisais soigner les pieds, il y avait un gars (Knut, norvégien) de l’autre côté de la table qui se faisait soigner aussi mais qui avait l’air de trouver ça très douloureux. Pour faire diversion, je lui ai dit de me parler (toujours en anglais). Il m’a demandé parler de quoi et je lui ai dit ce que tu veux. Il a compris ce que je voulais faire et il s’est mis à chanter et nous avons ri jusqu’à la fin des soins.

Je croise beaucoup de gens : Espagnols, Italiens, Hongrois, Allemands, Norvégiens, Canadiens, Vénézueliens.

La première fille avec qui j’ai parlé l’espagnol s'appelle AYARI, elle était un rayon de soleil et très gentille. Elle me faisait répéter après elle, bref elle était vraiment agréable. Figure-toi qu'elle a dû quitter le chemin, car elle a reçu un message sur son cellulaire que son neveu avait été tiré dans une rue au Venezuela. Donc, elle a pris le train et l'avion et je ne l’ai pas revue. Il y a plein d'histoires étranges sur le chemin.

Quand je suis arrivée à Hornillos del Camino, j’ai eu la surprise de voir Knut et son ami sur les marches de l’église. Quand il m’a vu, il s’est mis à chanter et à danser la claquette pour me montrer que ses pieds allaient mieux. Il m’a fait une bassine d’eau chaude avec du sel et du vinaigre pour relaxer mes pieds.

Finalement, nous avons soupé tous les trois ensemble. Soit Knut, son ami Paul et moi, nous avons beaucoup, beaucoup, beaucoup ri pendant le repas (toujours en anglais). J'étais triste de les quitter au matin. Knut m'a vraiment ravie... Juste de l'avoir rencontré, cela a fait ma journée et son souvenir restera longtemps dans ma tête. J’ai su qu’il était comédien dans son pays et je n’avais pas de misère à le croire.


Le 13 juillet

C'est la première fois que je marche et que mes pieds vont mieux. Ouf!

J'ai ralenti mon rythme. Aujourd'hui seulement 11 kilomètres mais quels kilomètres!

Il y avait des champs à droite, à gauche, en avant, en arrière et un ORAGE. Nous étions en train de traverser la Meseta. Nous avons eu peur car si la foudre tombait, comme il n’y avait rien en hauteur, on aurait dû se coucher par terre car nous étions les seuls debout. Nous, c’était Pedro, Hélène, Roberto et moi. À la première auberge, je me suis arrêtée et je ne suis jamais repartie. Mouillée, tu dis? Et que fait des pieds mouillés, des ampoules. Je ne voulais surtout pas en avoir de nouvelles, car les vieilles commençaient à perdre des watts.

Dernier au revoir à Knut, car il était dans le café lorsque je suis arrivée. Nous avons tous pris le petit déjeuner ensemble et lui, son ami, Hélène et Pedro ont décidé de continuer malgré la pluie. Sniff! Sniff! Encore des deuils.

Je reste avec Roberto, un Italien (62 ans) qui parle bien le français et qui a décidé de me soigner les pieds. Je le laisse faire et cela a l'air de marcher (jeu de mot).

Savez-vous comment reconnaître un peregrino (un pèlerin) le soir? Et bien, il marche tout croche mais il a un sourire sur le visage !


Messages en rafales:

Moez, quand le téléphone sonne, réponds, c'est peut-être moi. (J'ai essayé deux fois) J'aimerais bien entendre ta voix!

Marie-Anick, tes bâtons sont très utiles mais les flèches jaunes que tu m'as laissées le sont encore plus. Merci!

Maman, le lavage à la main n'était pas ma tasse de thé et bien cela ne s'améliore pas : J'HAΪS ÇA.

France et Isabelle, hier quand je me suis arrêtée avec les deux Canadiens et l'Espagnol, ils ont pris des beignes. La dame a expliqué Pedro que nous avions une chaîne Tim Horton's. Pourquoi est-ce que j'ai pensé à vous? Prenez un cappuccino glacé à ma santé. (comme si vous aviez besoin d'une excuse).

Jean-François, je n'ai pas apporté de Ipod et de MP3. J'écoute la nature et je suis surprise, une cloche dans le cou d'une vache, une grenouille, le vent dans le blé, l'eau des fontaines, les cloches des églises... je ne m'ennuie pas de ces gadgets...

Lisette, je m'ennuie de nos petites marches faciles.

Odette, bonne semaine en Gaspésie! Du bénévolat... c'est bien ton genre... tu vas passer une semaine bien agréable!

Tatie, Tatie, est-ce que tu voulais te venger du coup de téléphone sous la douche, car hier tu as marché avec moi et j'ai eu droit à un orage... je suis certaine que tu vas bien rire. Bon maintenant, nous sommes quittes.


Envoyé : 18 juillet 2006
Objet : Enfin, Internet!

Le 17 juillet 2006

Salut à tous,

Eh bien, qu'est-ce que je peux vous dire depuis mon dernier message (12 juillet) ?

Je ne trouve pas Internet à chaque arrêt et à deux reprises, le système de la commission scolaire ne fonctionnait pas.

Bref, le 16 juillet fut une journée très pénible pour moi. Depuis que j'ai quitté Burgos, le chemin est très monotone et ennuyant. Car tout est plat et tout est pareil. Le chemin est bien droit et on voit très loin devant nous et cela n’est pas intéressant car tout semble proche mais en fait, tout est bien loin. Le 15 juillet et le 16 juillet, j'ai marché toute seule sans parler à personne, ajouté à ça le chemin... J'ai trouvé la balade très triste et longue. Même les refuges sont nuls et sans histoire.

06 juin 2006

Le bonheur arrive...

Pour en ajouter, j'ai le pied gauche qui me fait toujours souffrir. J'ai eu trois nouvelles ampoules. Le 16 juillet, j'ai marché une courte distance de 13 kilomètres et j'ai dû m'arrêter 3 fois (1/2 heure chaque fois) pour refaire les pansements et trouver une astuce pour diminuer la douleur.

Quand je suis arrivée dans la ville de Villalcàzar de Sirga, j'étais découragée à cause de mes pieds. Je me suis assise sur le premier banc et je n’ai rien fait pendant 1 heure. J’espérais rencontrer du nouveau monde et surtout qui parlait le français. J’étais vidée, épuisée!

Et quelques minutes après, j'ai fait la connaissance de 2 supermamies de Paris. L'hospitalero (Benoît, un Belge) était très sympathique et il nous a ouvert le refuge à 12h00 (au lieu de 14h00) pour déposer nos sacs. Nous sommes allées faire des courses et avons partagé une grosse omelette tous ensemble et ce fut très charmant et le moral est revenu. Paris, enfin des Françaises!

Donc, j’ai suivi les conseils des infirmiers et j’ai passé toute la journée les pieds à l'air. Nous avons eu une belle discussion avec Nicole, Françoise et Benoît. J’ai réalisé en discutant à quel point les livres me manquaient. Quand Benoît a entendu ça, il m’a tout de suite proposé son livre (Passants de Compostelle, de Jean-Claude Bourlès) et je suis sortie lire sur un banc à l’ombre. Je crois que ce moment dans mon chemin fut avec la rencontre des supermamies un point tournant de mon voyage. Le sourire était de retour sur mes lèvres.

Voici la description d’une journée type:

Je me lève à 5h30 du matin, je m'habille dans le noir, je ramasse mes affaires et je vais à la cuisine. Je déjeuner léger et je marche environ 6 à 7 heures (tout ça pendant que vous dormez, bande de chanceux!). J'arrive au refuge entre 11h00 et 14h00, cela dépend du nombre de kilomètres, je me dirige à la douche, je lave mon linge et je me couche un peu (sans dormir, car je n’y arrive pas). Ensuite, je sors visiter (à pied) la ville ou le village et je suis au lit à 20h30. Je prépare mon linge (au bout du lit), je prépare mon sac à dos, je crème mes pieds et pour finir je mets mes bouchons qui sont devenus mes meilleurs amis. Si vous calculez le décalage horaire, vous pouvez me suivre facilement.

J’ai commencé la distribution de mes crayons. À l’occasion de la fête de la Saint-Jean, dans les magasins à 1$, on vend des boîtes de crayons avec le drapeau du Québec. J’ai fait à l’ordinateur des étiquettes de mon adresse Internet que j’ai collées au bout des crayons, près de l’efface et je les ai donnés aux gens comme souvenir de moi et du Québec. Tout le monde a aimé l’idée.

Françoise a déjà fait le camino. Elle a décidé de le refaire pour accompagner Nicole. Elles se connaissent depuis l’âge de 17 ans. Bref, elles me donnent de bons conseils. Donc, aujourd’hui (17 juillet), elles me conseillent de faire une petite journée. Je me lève tard, nous sommes les dernières à partir car on veut rester un peu avec Benoît. On mange ensemble et en route pour seulement 6 kilomètres. Mais 6 kilomètres m’ont suivis. Nous repérons un couvent (Convento de Santa Clara) et décidons de dormir là. Françoise avait dormi là lors de son dernier passage et par hasard on nous redonne la même chambre et elle dort dans le même lit. Nous sommes à Carrión de los Condes.

Tout dans ce couvent est petit. Les portes, les couloirs, les salles de bain, les lits. Je fais la rencontre de Frank, un Allemand, qui mesure 6 pieds 4 pouces. On peut dire que dans ce couvent il ressemble à un géant.

Pourquoi les supermamies : Elles parlent français, elles ont un cellulaire et elles envoient des messages textes, elles ont un MP3, elles ont une caméra numérique et font des CD avec leurs photos, bref, elles sont bien équipées les mamies.

Aujourd'hui aussi mes pieds sont à l'air. J'ai trouvé un magasin de sports et j'ai acheté deux nouvelles paires de chaussette car je me pose beaucoup de questions au sujet de toutes ces ampoules. (Quel est le problème: bottes, chaussettes, mes pieds ?)

Demain, je fais une plus grande randonnée de 17 kilomètres (lever à 4h30) et la différence c'est qu'on ne trouve aucune ville ou village sur le chemin. Un bon test pour mes pieds et mes nouvelles chaussettes. Je reste encore avec mes deux supermamies. On se fait de la bonne bouffe et on rit beaucoup ensemble.

Observations:

Je crois que plus personne ne sait à quoi sert une poignée de porte et comment s’en servir d'une poignée de porte, sinon, il n'y aurait pas autant de portes qui claquent.

J'ai vu un camp de nudiste : Un matin quand j'ai rempli ma gourde à une fontaine, j'ai vu plein d'escargots sans leur coquille. Est-ce qu'ils sont tout nus? Je ne savais pas qu'ils pouvaient enlever leur maison de leur dos. Je ressemble vraiment à un escargot avec mon sac à dos. Merci à ceux qui m’ont répondu que c’était des limaces.

Messages en rafales:

Tatie, as-tu vu à quelle hauteur est la croix de fer ? Plus de 1 500 mètres d'altitude (voir le camino en relief, à droite)

Moez, les bouchons orange sont vraiment les meilleurs...

Maman, c'est toi qui m'a accompagné dans ma plus dure journée... c'est le cas de le dire je m'ennuyais de ma mère...

18 juillet:

Et bien, je vais bien. Les pieds et les chaussettes ont passé le test. Après 17 kilomètres, mes pieds n'ont pas eu de douleur comme les autres jours. Je crois que le grand air leur a fait du bien. Je suis présentement à Calzadilla de la Cueza. Je viens de m'arrêter dans une nouvelle auberge avec une piscine. Je ferai le poisson toute la journée. Je vais lire et prendre la vie du bon côté.

Je continue le chemin... mais lentement. On me déconseille de m'arrêter une journée complète. Bref, avec la piscine, tout rentrera dans l'ordre. Les supermamies sont toujours avec moi.

Merci aux amis de Châteauguay d'avoir partagé le chemin avec moi. Comme vous êtes inséparables, nous avons fait le chemin à 4. C'était même bien.

Je vous embrasse... je crois que demain tout sera de nouveau (enfin) en ordre, mes pieds, ma tête et les chaussettes.

p.s.: Je serai de retour sur Internet ce soir... car il faut faire un don et bien je vais en profiter.


Envoyé : 20 juillet 2006
Objet : Enfin, le bonheur!

Bonjour à tous,

Enfin, je vais bien! J'ai dû aller voir un médecin hier, car depuis quelques jours j'avais une douleur dans la cambrure du pied et hier j'ai été au maximum de moi. Mon pied ne supportait plus mon corps et j'étais à bout. Quand je suis arrivée avec beaucoup de peine à l’auberge, j’ai dû m’asseoir sur le banc avant d’entrer mais quand j’ai voulu repartir, j’en étais incapable. Je me suis rendue en sautillant sur un pied. Quand j’ai vu que les chambres étaient à l’étage, les larmes sont montées avec. Au milieu des marches, les supermamies sont venues me rejoindre pour prendre mon sac et moi en même temps.

J’ai su qu’elles m’avaient couché, fait avaler des aspirines, Françoise m’a enlevé mon sac à la taille et tous les vêtements qui me nuisaient et Nicole m’a frictionné les pieds avec une crème à base de cortisone. Et elles m’ont laissé dormir quelques minutes.

Quand je me suis réveillée, je savais que j’avais touché le bas fond. J’ai vu une gare en entrant dans ce village et je me suis dit que c’était un message du destin et qu’il fallait repartir au Québec. Plus j’y pensais et plus je pleurais… Bref, Françoise m’a convaincu d’aller voir un médecin pour avoir l’heure juste.

La petite visite chez le médecin fut un grand soulagement car le médecin (mignon, sympathique et parlant un peu français) m’a confirmé que j’étais normale. Que ma blessure était due aux ampoules. Que j’avais changé ma façon de marcher et que je voulais marcher normalement mais que mes muscles ne voulaient pas. Je suis sur les anti-inflammatoires pour un bout.

J’avais des craintes au sujet du prix des anti-inflammatoires. Quand le pharmacien m’a demandé 3 euros 40 pour 40 pilules, je suis partie à rire.

Le moral est revenu, le sourire aussi. Avant de nous endormir, nous avons eu un fou rire mémorable avec les deux supermamies… tout ça à cause d’une banane… Hein, les filles!

Bon, je dois laisser le clavier à d'autres mais je vais essayer de revenir ce soir pour vous en dire plus.

p.s.: Merci pour vos messages, Luc merci pour ton proverbe (voir dans les messages reçus en date du 19 juillet), je le garde précieusement avec moi.


Envoyé : 20 juillet 2006, en soirée

Je commence un nouveau salut,

J'ai vécu ma plus belle balade depuis le début (question pied). Ma douleur a beaucoup diminué et j'ai pu marcher normalement. ENFIN!

Mes pieds n'ont plus d'ampoules, j'ai marché sans pansement aujourd'hui. Le chemin est mieux et moins droit. Les paysages commencent à changer et les refuges sont plus sympathiques.

Hier, j'ai pu faire une machine pour laver mon linge... le bonheur! Cela ne prend pas grand chose pour revivre sur le chemin. Quand les pieds ne vont pas bien et bien la tête non plus. Donc, j'ai retrouvé ma tête et mes pieds… Ouf!

Les gens sont très sympathiques et les deux supermamies sont très drôles. Nous avons eu des fous rires hier soir et c'était très rafraîchissant. Nous mangeons toujours ensemble et nous (en fait, plus Nicole) cuisinons de bons petits plats. C'est bien d'être entouré. Une chance qu'elles étaient avec moi hier soir, sinon Martine, tu aurais eu un message de moi pour savoir le prix d'un nouveau billet de retour! Maintenant, je ne veux plus le savoir.

J'ai rencontré quelques Québécois (Jonathan, Édith, Benoît, Étienne) et cela fait du bien de pouvoir parler librement avec notre charmant accent, comme tout le monde me le dit si gentiment.

Nous sommes dans un beau refuge, très accueillant, cela aussi me manquait sur le chemin. J'ai su que beaucoup de monde prenait l'autobus de Burgos à Leòn car le chemin est ennuyant. Je ne suis pas folle et ils ont raison de dire que le chemin est ennuyant, mais de là à prendre l’autobus, on se calme.

Je suis présentement à El Burgo Ranero.... on avance la punaise sur la carte!

Et hier, j'ai trouvé sur une table dans le refuge le livre Une femme indomptable de Penny Vincenzi. C'est un plaisir de lire!

Je vous embrasse et à bientôt!

J'avance...

Le 20 juillet à El Burgo Ranero, en cherchant l’auberge, il y a une auto qui s’est arrêtée à côté de moi ; le chauffeur a descendu sa vitre pour me parler. Je sais que où que je sois sur la planète, plusieurs touristes me demandent leur chemin. Mais là, j’avais vraiment l’air d’une peregrina. Et non, le monsieur ne voulait pas savoir son chemin, mais plutôt me laisser une prière avec sa signature au verso, c’était un père. Il m’a écrit « Bon voyage» en français ! Sympathique oui, mais quand j’ai vu qu’il roulait en BMW… je me suis dit que les collectes étaient bien payantes dans le coin. J’ai quand même gardé sa prière avec moi.

L’auberge était magnifique. Plusieurs auberges ont un petit quelque chose de bizarre qui les caractérise. Et bien, ici, c’est qu’aucune chambre n’avait de plafond. Nous avions un toit cathédrale commun. C’était très beau mais pas très pratique parce que le bruit voyageait beaucoup.

Le lendemain, Nicole, Françoise et moi avons pris la route de bonne heure et nous avons rencontré Geneviève, ayant près de 60 ans, qui ne semblait pas aller bien. Tu parles, elle était en plein soleil et elle parlait au téléphone. Je lui ai demandé comment elle allait et elle m’a dit «bien». Nous nous sommes regardés et nous ne l’avons pas cru.

Nous l’avons prié de marcher avec nous jusqu’à Leòn. Elle a fini par accepter. Nous sommes maintenant quatre et pour bien amorcer cette rencontre, nous nous arrêtons dans un champ avec un but de soccer. Nous avons échangé biscuits, chocolat et de méga fous rires.

Geneviève nous a expliqué pourquoi elle marchait. Elle avait commencé le chemin l’année dernière avec son mari et avant de mourir, il lui a demandé de finir le chemin pour lui. Donc, nous l’avons trouvée bien triste. Heureusement, avec nous, elle a ri comme cela faisait longtemps.

En arrivant à l’auberge à Mansilla de las Mullas, je me suis fait engueuler par un vieux qui n’était pas content que je sois rentrée dans la salle de bain. Monsieur avait décidé que c’était la salle de bain des hommes et pourtant, aucune affiche ne le laissait croire. Et bien, en 20 minutes je me suis présentée à deux reprises… comme ça il a pu crier après moi pour la peine. Vous allez être surpris car je n’ai rien dit, mais mon non verbal parlait pour moi.


Le 22 juillet 2006

Nicole, Françoise, Geneviève et moi sommes parties en direction de Leòn et nous avons appris que Geneviève avait reçu comme cadeau d’anniversaire de son frère une nuit au Parador San Marcos de Leòn. Le Parador, c’est un monument historique de grande importance.

Vous ne serez pas surpris si je me suis invitée à faire une petite visite dans les luxueux corridors de cet hôtel. J’avais l’impression d’être dans un château. Il y avait une église attachée à ce monument et il y avait un mariage, c’était de toute beauté. Merci Geneviève pour cet apéro dans cette belle chambre. J’ai rapporté avec moi la brosse à dents et le dentifrice qu’on donnait dans la salle de bain. Une vraie gamine !

Nous sommes rentrées à pied (surpris!) avec Nicole et Françoise et c’était notre dernière nuit ensemble car le lendemain je partais. J’ai vécu ce deuil bien difficilement. Se retrouver seule après avoir tant partagé fut bien pénible et lourd. Sniff ! Sniff !



Envoyé : 23 juillet 2006
Objet : Ça marche !

Bonjour à tous,

Je suis dans un petit village juste après León. Il y a des problèmes qui partent et d'autres qui arrivent. Mes douleurs musculaires sont bien contrôlées avec les médicaments mais je crois que je vais perdre l'ongle d'un orteil. On verra! Et mes problèmes de talons sont de retour... (/&$$&/()=?(/$$·(==

Le paysage a changé et c'est beaucoup mieux. Le dimanche, rien n'est ouvert ici. Par contre, j'ai trouvé un genre de boulangerie et il ne restait plus rien. J'ai pris une boîte de thon et du pain, sans beurre ni mayonnaise... un peu sec mais j'ai le ventre plein!

À tous les jours je vois des cigognes et c'est vraiment magnifique, leur chant est très surprenant.

J'ai malheureusement quitté les surpermamies. Elles voulaient une journée de repos et moi je voulais continuer.

J'ai déjà marché 333 kilomètres, mais le plus dur reste à faire avec des montées de quelques centaines de mètres d'altitude. J'ai calculé qu'il me reste environ seulement 16 jours de marche et il me reste 18 jours de voyage. Je trouve que cela n'est pas bon signe si je me mets à compter, mais en même temps cela me rassure.

Je viens de voir un lit à 3 étages… je suis restée bouche bée devant ce spectacle. Je vais essayer de mettre une photo sur mon site.

Moez, si tu as des nouvelles d'André dis-lui qu'il trouvera mes messages sur son adresse du collège. Comment vas-tu? Que fais-tu de tes journées.... Internet sûrement? Donne-moi de tes nouvelles?

C'est bon pour les autres aussi. J'aimerais bien savoir comment vous allez tous.

Jacques D. êtes-vous prêt pour une autre balade, car mardi le 25 juillet prochain c'est la St-Jacques et je me suis dit que c'était votre journée. Je vais vous mettre en petite boule, dans la poche du dessus, pour que vous puissez voir du paysage et hop! pour une balade...

Marthe avez-vous mangé des légumes du jardin?

Gilles et Sonia, rendez-vous au Palacio de Cortes vendredi prochain!

Tatie, c'est bien que le téléphone ait coupé, car je n'aurais pas été capable de parler de mon père...

Au fait, aujourd'hui cela fait 5 ans qu'il est décédé... une pensée pour lui!

Martine, ton anniversaire approche, JOYEUX ANNIVERSAIRE! En même temps cela fera un pense-bête pour Daniel!

Daniel, que fais-tu de tes journées... tu es bien silencieux.

Châteauguay, êtes-vous morts ? Aucune nouvelle depuis mon départ! Êtes-vous tout simplement en vacances?

Manon et Misko, comment allez-vous?

Odette, es-tu de retour de ta semaine... j'ai bien hâte de te lire. Au fait, j'ai marcher pour toi le 19 juillet dernier. En fait, pour toi et Luc.

Jean-François P., comment vas-tu avec les cours d'été? Remarque que c'est peut-être fini.

Normand, est-ce que tu t'en sors... courage et pense à moi qui marche, marche et marche encore.

Christiane, tu as bien fait d'enlever tes talons hauts car le chemin avait beaucoup de roches, mais la balade fut bien belle avec toi.

Pierre Major, c'est ton tour demain (lundi 24 juillet) tu es sûrement au chalet.

Voilà, je retourne à mon livre et au plaisir de vous lire.
Carine

Ça va mieux!

Le 24 juillet 2006

Quand je suis arrivée à la ville de Hospital de Orbigo (à seulement 12 kilomètres du départ matinal), je suis passée devant un genre de clinique. Et je me suis dit pourquoi pas. Elle ouvrait dans une heure, soit à 9h00, et je me suis mise à lire… À 11h30 (une chance que mon livre était bon), je n’avais toujours pas vu le médecin et j’ai compris qu’il restait 12 personnes devant moi. Mes talons me faisaient moins mal et je suis partie. Mon gros orteil a une ampoule et je me suis arrêtée à une auberge pour soigner mon orteil moi-même et finalement, je suis restée car j’avais 15 kilomètres à faire et il faisait toute une chaleur.

Donc, bain de pieds avec sel et vinaigre (2 fois) et j’ai crevé l’ampoule. Mais elle n’est pas comme les autres, car elle est toute bleue. Bizarre !

La ville est magnifique, il y a un pont roman de 200 mètres de long qui est digne d’un grand film.

L’auberge était tout simplement magnifique et propre. Il y a une grande différence entre le municipal et le privé, à part les 3 ou 4 euros de plus.

Un monsieur qui vit sur le chemin a décidé de tous nous faire à manger. Nous nous sommes retrouvés 25 à table. Il y avait une entraide entre nous, c’était tout simplement magique. On s’est tous partagé les tâches. Nous avons fait un tour de table pour savoir d’où nous venions et pourquoi nous faisions le chemin. Il y en avait de partout. Suisse, Mexique, Alberta, France, Allemagne. Il fallait traduire à ceux qui ne parlaient pas français et à ceux qui ne parlaient pas anglais. C’était bien plaisant, quels beaux moments!


Envoyé : 25 juillet 2006
Objet : La lenteur

Salut,

Aujourd'hui, après une belle journée de marche, je me suis arrêtée après la grande ville Artorga dans un petit village qui s'appelle Murias...

Le temps s'est arrêté et cela, pour mon plus grand bien. Tout est beau ici et surtout propre. Je retrouve mon chez moi et surtout une certaine lenteur dont je m'ennuyais. J'ai lavé tout mon linge, je me suis fait à manger (salade de concombre et de tomate) avec des pâtes à la sauce de tomates et un petit morceau de chocolat noir.

Un délice!

Je réalise que la course du chemin me ronge. On marche, mais tout va vite, vite.. trop vite. On se dépêche le matin pour ne pas faire de bruit. On range les derniers trucs dans notre sac à dos, dans le noir. On mange en vitesse pour prendre le bord du chemin avant le lever du soleil. On doit arriver vite à l'auberge, car il y a tellement de monde sur le chemin qu'on veut une place car on est grevé. On prend vite une douche, vite son lavage et vite écrire sur Internet pour laisser la place aux autres.

Eh bien, pas ce matin, STOP. Je me suis levée par moi-même vers 6h30 et je partie à 7h15. Je me suis permis deux arrêts, un vraiment délicieux, avec un chocolat chaud et un croissant... non pardon, j'en ai pris un deuxième tellement c'était bon!

À un tournant, j’ai fait la connaissance d’une Allemande Anika. Malheureusement, elle a décidé de continuer son chemin.

Demain, je commence une longue montée qui va m'amener vers la croix de fer, puis je redescendrai tout de suite après.

Merci aux quatre Jacques (Papa Jacques, Thuaud, Calmette, Rebeyrat) pour cette belle journée.

Demain, au tour de Michel Dupont de faire la route avec moi. Je l'imagine à ton image et elle sera drôle et sans effort car toi le sport... tu en faisais, les deux doigts dans le nez. Tu es sûrement loin d'Internet avec les enfants et ta copine pour profiter de vacances bien méritées. J'ai bien hâte de te lire.


Le 26 juillet 2006

Comme je me lève tôt, je suis partie seule et je me suis arrêtée prendre un bon déjeuner dans un drôle de café. En fait, c’était plutôt un bar mais pas n’importe lequel, car il était western. J’ai bien ri du décor qui n’allait pas du tout avec le chemin. Mais quelles bonnes rôties !

Je me suis remise en route et au tournant d’une maison, j’ai croisé à nouveau Anika. Nous étions très contentes de nous voir malgré le fait que nous nous étions juste parlé 10 minutes la veille.

Nous avons marché et commencé la montée ensemble. Nous nous sommes arrêtées dans une auberge où nous avons été accueillies pas Luis. Je n’ai jamais eu un accueil aussi chaleureux.

Nous avons fait la connaissance de Xavier et d’un beau gars. Vraiment beau les filles !

Moins de 200 kilomètres

Le 27 juillet 2006

Anika et moi sommes parties dans un petit matin brumeux. Et c’est dans cette atmosphère que nous avons rencontré la croix de fer. Ce fut le moment le plus magique que j’ai vécu. J’avais les larmes aux yeux d’y être. J’ai déposé ma pierre. Oui, j’avais dans mon sac à dos une pierre… en fait trois, une que Moez m’avait donnée et une autre que ma tante m’avait donnée. D’après une vieille coutume, quand tu arrives à la croix de fer, tu déposes ta pierre au pied de la Cruz et tu fais un vœu. C’était plus que magique. Cette photo est mon fond d’écran au bureau et je la regarde souvent.

C’est au tour d’Anika d’être blessée. Je l’accompagne tout au long de la journée. Elle ne marche pas vite… mais je sais ce que c’est que d’être malade et seule. Donc, je marche à sa vitesse et c’est difficilement qu’elle se rend à Ponferrada. Nous avons une chambre à 4 lits et seulement des filles.

Ce soir-là, je décide de me faire à manger car j’en ai un peu marre des restaurants avec toujours le même menu pour les peregrinos. Je me fais encore des pâtes. Et comme à chaque fois, j’en fait trop. Un monsieur mexicain s’est approché de moi pour me dire que lui avait préparé une tortilla et qu’il voulait bien m’en donner en échange de pâtes. J’ai dit oui tout de suite, et ensuite c’est au tour de Christain (un Belge) de faire le même manège avec un gros bol de salade plein de légumes. Et bien, nous avons fait un très bon repas à trois. Vive le camino !

Anika avait rencontré une autre Allemande et était partie manger au restaurant. Comme elle était mal en point, elle a décidé de prendre une journée de repos. Nous nous sommes quittées bien triste.

J’ai croisé Frank l’Allemand que j’ai vu au couvent, mais il ne m’a pas reconnue, donc, je ne lui ai pas fait signe.


Envoyé : 28 juillet 2006
Objet : Le 28 juillet 2006

Salut à tous,

Pas facile de trouver Internet dans ce coin. Je suis présentement à Villafranca del Bierzo et il me reste moins de 200 kilomètres. YOUPPI!

Je vais très bien, mes pieds vont très très bien, enfin! Bref, le moral est au plus haut.

Le paysage est très beau et je m'amuse à marcher dans ce beau pays. Je rencontre plein de monde et j'ai bien du plaisir.

Il y avait une bonne côte devant moi et je me suis dit qu’elle n’allait pas m’avoir. Comme j’étais toute seule, je me suis fait des petits scénarios et des petits défis. Donc, en voyant la hauteur de la côte, je me suis mise en marche sans m’arrêter. Quand je suis arrivée en haut j’étais bien contente de moi et j’ai entendu des applaudissements. Je me suis retournée et il y avait des gars qui eux étaient en milieu de chemin en train de prendre un pause et qui me suivaient. Je suis partie dans un grand rire… bien sonore !

Quand je suis arrivée à l’auberge, j’ai croisé à nouveau Christian et nous avons décidé d’aller nous promener dans la ville. La ville est faite toute en hauteur. On descendait et c’était vraiment à pic. Si en faisant mes courses j’oubliais quelque chose et bien tant pis je ne retournerais pas en bas. Mais c’est bien beau.

En fin d’après-midi, j’ai rencontré à nouveau Frank et nous avons parlé. Après lui avoir raconté la fois où nous nous sommes vus, sa mémoire lui est revenue. Nous avons beaucoup parlé ce soir-là.

P.S.: J'espère que le réseau fonctionnera bien, cette fois!


Le 29 juillet 2006

Quand je me mise suis en route, Frank était prêt aussi. Nous nous sommes mis à marcher côte à côte et avons passé la journée ensemble. Nous avons parlé et nous avons marché à travers les montagnes, c’était tout simplement sublime. Il ne parlait pas bien l’anglais et moi non plus. Nous avons réussi à parler de tout et de rien. Belle balade !

Je ne suis me pas aperçue que nous montions… vers le sommet O’cebreiro. Il faisait très chaud et c’était à pic. Frank était bien gentil avec moi car il marchait à mon rythme (une chance, parce qu’avec ces 6 pieds 4 pouces… vous pouvez imaginer la longueur des jambes), lorsque j’avais besoin d’une pause, il m’attendait. Quand je suis arrivée enfin à l’auberge, j’étais crevée. Il est allé chercher à manger et il a cuisiné. J’ai été très gâtée avec lui.


Le 30 juillet 2006

Savez-vous qu’une fois rendu en haut, il faut redescendre… ? C’est pas mieux, surtout quand il pleut, une pluie très fine. Je crois avoir marché 4 à 5 kilomètres sur le pilote automatique. Je crois vraiment avoir perdu le nord. J’étais toujours avec Frank et à un moment il me parlait et je ne l’entendais pas. Quand il a vu mon état, il a fait une pause tout de suite et c’est une fois arrêtée que j’ai compris que j’étais dans la brume.

Je ne peux expliquer pourquoi et comment? Mais après la pause, tout est rentré dans l’ordre.

Nous avons croisé des gens que j’avais déjà rencontrés et nous avons bien ri ensemble. Nous avons trouvé une belle auberge avec seulement 6 lits dans les chambres. Pendant que nous mangions, j’ai reconnu la voix de Xavier et il est venu dans notre chambre. Il y avait aussi Christine (allemande) et deux inconnus. Nous avons bien dormi car il n’y avait pas de ronfleurs.

Le lendemain matin, Xavier a pris la route de gauche et Frank et moi à droite. Une autre belle journée ensemble.
Le lendemain, Frank avait décidé de continuer et moi, j’avais besoin d’un jour de repos. Nous nous sommes quittés un peu tristes. Il m’a donné son adresse courriel et moi je lui ai donné la mienne.

Début août.. déjà!

Envoyé : 1 août 2006
Objet : Le 1 août 2006

Bonjour à tous,

Je crois que la commission scolaire a décidé de faire l'installation d'un nouveau logiciel et que le réseau a été mis en veilleuse.

Bref, je suis de retour sur Internet et pour y rester. JE VAIS TRÈS TRÈS BIEN... même heureuse. Je suis en parfaite forme et le plaisir de marcher est de retour. Ai-je eu des problèmes aux pieds? ah bon! Tout est bien qui finit bien.

Hier, je suis arrivée à Sarria et je me suis payé une nuit à l'hôtel et aujourd'hui une journée de magasinage, de visite et de repos dans cette belle ville. Je viens de prendre un lit dans une auberge vraiment très belle et les hospitalarios sont très sympathiques.

J'ai fait mon itinéraire hier pour le reste de mon voyage et il ne me reste que 5 jours de marche. À peine, 115 kilomètres. Je suis bien contente à l'idée d'être dans mon lit et de retrouver ma douche mais en même temps un peu triste de quitter cette vie. Enfin je crois juste que je suis normale. Je vais aller à Fisterra. Mais en autobus. C'est après Santiago et c'est complètement au bout de l'Espagne. Si vous avez une carte vous trouverez bien.

J'ai fait le plus dur les deux ou trois derniers jours, je suis partie de 400 mètres d'altitude et je suis montée à plus de 1300 mètres pour redescendre et remonter encore à 1300 mètres. J'ai l'habitude de commencer ma journée plus relaxe. J'ai JAMAIS sué autant. Ce n'était plus une course de gouttes mais les chutes du Niagara, dans mon dos.

Mais les paysages étaient splendides et grandioses. Tout autour de moi, des montagnes et des montagnes. Des brebis, des vaches avec le son des cloches, des cigognes (j'ai en jamais vu autant) bref, bien dépaysant tout ça.

Je n'aime pas l'idée de retourner travailler... suis-je normale?

Je pense toujours à vous sur le chemin...



Le 2 août 2006

En route de bonne heure, c’est tellement agréable de commencer sa journée dans le noir, assister au lever du jour et au réveil de toute la nature..

J’ai fait la connaissance de la petite famille de l’Île de la Réunion. Olivier et Collette, avec Valère leur fils de 14 ans. J’ai beaucoup échangé avec Olivier, c’était très intéressant. Nous avons développé tout de suite une belle amitié.

C’était la pire auberge que j’ai vue de tout mon voyage. C’était très sale !

Arrivée à Portomarin, surprise, j’ai vu une belle grande piscine municipale en entrant dans la ville et avec Valère nous sommes allés nous baigner. C’était bien chouette !

Le soir, je suis partie faire mes courses et surprise dans l’épicerie, j’ai rencontré Anika. On s’est jeté l’une sur l’autre. Très très heureuses de se voir. Elle avait pris une chambre dans un hôtel car il n’y avait plus de chambre à l’auberge (chanceuse!). Et nous n’avons pas pensé à nous donner rendez-vous le lendemain matin. C’est ça la vie sur le chemin.

Aujourd’hui, balade avec Sylvain. Le saura-t-il un jour? Peu importe, je sais qu’il sera bien content.


Le 3 août 2006

Il faisait froid. Et oui, j’avais froid, en fait tout le monde avait froid. Je ne pouvais pas le croire. Bref, la petite famille et moi nous sommes arrêtées dans une auberge à Eirexe. Ils sont partis se réchauffer à l’intérieur du seul bar et moi je gardais les places. Olivier est venu m’apporter un bon chocolat chaud. Trop mignon !

J’étais assise sur une chaise devant l’auberge quand tout à coup! qui ai-je vu dans mon champ de vision? Anika! Eh oui ! Elle a fumé une cigarette et elle est repartie.

Dans la salle à manger, j’ai vu une affiche de Finisterre et j’ai eu des sensations dans tout le corps. Et après avoir vu cette image, je n’avais plus de doute, je devais aller à Finisterre.

Le 4 août 2006

Je suis partie plus tôt que la petite famille et nous nous sommes donné rendez-vous dans un village.

Je suis de nouveau partie toute seule… mais pas triste d’être seule. Je sentais arriver la fin et j’avais besoin de faire un bilan dans ma tête.

Je me suis arrêtée à un café pour prendre un bon petit déjeuner et devinez qui est passé? Et oui, Anika! Et comme la vie nous envoyait un message depuis quelques jours nous, avons décidé de finir le camino ensemble. Après tout, c’est ce que la vie voulait.

Après 28 kilomètres de marche, nous nous sommes arrêtées dans une chouette auberge, mais malheureusement il n’y avait plus de place. Nous avons continué quelques kilomètres et nous sommes tombées sur un hôtel et d’un commun accord, nous avons pris une chambre. Ah mon Dieu! J’avais oublié la douceur des draps, le jet puissant d’une douche, avoir son coin juste pour soi et une serviette en éponge.

On a fait un souper et un déjeuner au lit. Nous avons ri, beaucoup ri. Cela nous a fait un grand bien.