Moins de 200 kilomètres
Le 27 juillet 2006
Anika et moi sommes parties dans un petit matin brumeux. Et c’est dans cette atmosphère que nous avons rencontré la croix de fer. Ce fut le moment le plus magique que j’ai vécu. J’avais les larmes aux yeux d’y être. J’ai déposé ma pierre. Oui, j’avais dans mon sac à dos une pierre… en fait trois, une que Moez m’avait donnée et une autre que ma tante m’avait donnée. D’après une vieille coutume, quand tu arrives à la croix de fer, tu déposes ta pierre au pied de la Cruz et tu fais un vœu. C’était plus que magique. Cette photo est mon fond d’écran au bureau et je la regarde souvent.
C’est au tour d’Anika d’être blessée. Je l’accompagne tout au long de la journée. Elle ne marche pas vite… mais je sais ce que c’est que d’être malade et seule. Donc, je marche à sa vitesse et c’est difficilement qu’elle se rend à Ponferrada. Nous avons une chambre à 4 lits et seulement des filles.
Ce soir-là, je décide de me faire à manger car j’en ai un peu marre des restaurants avec toujours le même menu pour les peregrinos. Je me fais encore des pâtes. Et comme à chaque fois, j’en fait trop. Un monsieur mexicain s’est approché de moi pour me dire que lui avait préparé une tortilla et qu’il voulait bien m’en donner en échange de pâtes. J’ai dit oui tout de suite, et ensuite c’est au tour de Christain (un Belge) de faire le même manège avec un gros bol de salade plein de légumes. Et bien, nous avons fait un très bon repas à trois. Vive le camino !
Anika avait rencontré une autre Allemande et était partie manger au restaurant. Comme elle était mal en point, elle a décidé de prendre une journée de repos. Nous nous sommes quittées bien triste.
J’ai croisé Frank l’Allemand que j’ai vu au couvent, mais il ne m’a pas reconnue, donc, je ne lui ai pas fait signe.
Envoyé : 28 juillet 2006
Objet : Le 28 juillet 2006
Salut à tous,
Pas facile de trouver Internet dans ce coin. Je suis présentement à Villafranca del Bierzo et il me reste moins de 200 kilomètres. YOUPPI!
Je vais très bien, mes pieds vont très très bien, enfin! Bref, le moral est au plus haut.
Le paysage est très beau et je m'amuse à marcher dans ce beau pays. Je rencontre plein de monde et j'ai bien du plaisir.
Il y avait une bonne côte devant moi et je me suis dit qu’elle n’allait pas m’avoir. Comme j’étais toute seule, je me suis fait des petits scénarios et des petits défis. Donc, en voyant la hauteur de la côte, je me suis mise en marche sans m’arrêter. Quand je suis arrivée en haut j’étais bien contente de moi et j’ai entendu des applaudissements. Je me suis retournée et il y avait des gars qui eux étaient en milieu de chemin en train de prendre un pause et qui me suivaient. Je suis partie dans un grand rire… bien sonore !
Quand je suis arrivée à l’auberge, j’ai croisé à nouveau Christian et nous avons décidé d’aller nous promener dans la ville. La ville est faite toute en hauteur. On descendait et c’était vraiment à pic. Si en faisant mes courses j’oubliais quelque chose et bien tant pis je ne retournerais pas en bas. Mais c’est bien beau.
En fin d’après-midi, j’ai rencontré à nouveau Frank et nous avons parlé. Après lui avoir raconté la fois où nous nous sommes vus, sa mémoire lui est revenue. Nous avons beaucoup parlé ce soir-là.
P.S.: J'espère que le réseau fonctionnera bien, cette fois!
Le 29 juillet 2006
Quand je me mise suis en route, Frank était prêt aussi. Nous nous sommes mis à marcher côte à côte et avons passé la journée ensemble. Nous avons parlé et nous avons marché à travers les montagnes, c’était tout simplement sublime. Il ne parlait pas bien l’anglais et moi non plus. Nous avons réussi à parler de tout et de rien. Belle balade !
Je ne suis me pas aperçue que nous montions… vers le sommet O’cebreiro. Il faisait très chaud et c’était à pic. Frank était bien gentil avec moi car il marchait à mon rythme (une chance, parce qu’avec ces 6 pieds 4 pouces… vous pouvez imaginer la longueur des jambes), lorsque j’avais besoin d’une pause, il m’attendait. Quand je suis arrivée enfin à l’auberge, j’étais crevée. Il est allé chercher à manger et il a cuisiné. J’ai été très gâtée avec lui.
Le 30 juillet 2006
Savez-vous qu’une fois rendu en haut, il faut redescendre… ? C’est pas mieux, surtout quand il pleut, une pluie très fine. Je crois avoir marché 4 à 5 kilomètres sur le pilote automatique. Je crois vraiment avoir perdu le nord. J’étais toujours avec Frank et à un moment il me parlait et je ne l’entendais pas. Quand il a vu mon état, il a fait une pause tout de suite et c’est une fois arrêtée que j’ai compris que j’étais dans la brume.
Je ne peux expliquer pourquoi et comment? Mais après la pause, tout est rentré dans l’ordre.
Nous avons croisé des gens que j’avais déjà rencontrés et nous avons bien ri ensemble. Nous avons trouvé une belle auberge avec seulement 6 lits dans les chambres. Pendant que nous mangions, j’ai reconnu la voix de Xavier et il est venu dans notre chambre. Il y avait aussi Christine (allemande) et deux inconnus. Nous avons bien dormi car il n’y avait pas de ronfleurs.
Le lendemain matin, Xavier a pris la route de gauche et Frank et moi à droite. Une autre belle journée ensemble.
Le lendemain, Frank avait décidé de continuer et moi, j’avais besoin d’un jour de repos. Nous nous sommes quittés un peu tristes. Il m’a donné son adresse courriel et moi je lui ai donné la mienne.


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